Hypocrisie - Le choix de la rédaction

La politesse est la forme la plus acceptable de l'hypocrisie. internaute

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Comme le menteur, l'hypocrite ne dit pas la vérité mais dans un but bien précis, pour arriver à ses fins. On dit de lui que c'est un bon comédien. Mais l'intégration et la réussite d'un individu dans la société lui impose de dissimuler ses pensées, dans son intérêt. On ne peut pas dire la vérité crue aux autres, d'abord parce que nous ne sommes pas sans défaut et puis parce que les relations avec autrui seraient épouvantables.

Dans la société, comme le fait remarquer Ambrose Bierce, la politesse est la forme la plus acceptable d'hypocrisie. Pourtant la politesse n'est que l'art de dissimuler nos sentiments ; quand on souhaite le bonjour à quelqu'un, on s'en fiche pas mal de savoir s'il aura une bonne ou une mauvaise journée, on est poli parce que cela fait partie d'une bonne éducation. "La politesse coûte peu et achète tout", dit Montaigne. Mais on peut aussi être poli sincèrement pour respecter la sensibilité des autres. "Il a la politesse du coeur, bien supérieure à celle des manières." Abbé Barthélémy

Dans les autres cas, l'hypocrisie est blâmable. Quand elle est utilisée dans le but de manipuler son prochain, non pas dans l'intension d'avoir de bonnes relations avec autrui mais dans le but de tromper délibérément. Le mensonge fait alors partie intégrante de l'hypocrisie. Les efforts mis en oeuvre par les hommes politiques pour nourrir leurs ambitions font naître la perte de confiance, l'inquiétude et mènent à un malaise social et au désordre.

Le célèbre penseur anglais Samuel Smiles dit: «Le comportement des hommes politiques contemporains, tend- sans exception- vers la corruption et la déchéance. Les idées qu’expriment les politiciens dans les salons privés sont différentes de celles qu’ils prônent en public. De sa tribune, le politicien rend hommage aux aspirations du peuple, alors qu’il se moque de lui et de ses sentiments en privé. La variété des idées qui existent à notre époque est sans précédent dans l’histoire. Les principes changent constamment selon le rythme du changement des intérêts. Il me semble que peu à peu l’ostentation et la dissimulation seront retirées des défauts blâmables pour être élevées au rang de qualités recommandables. Quand la première couche de la société se sera habituée à l’hypocrisie, les autres ne tarderont pas à suivre, car les couches inférieures, prennent toujours exemple sur la classe dirigeante. La célébrité s’acquiert, ces temps- ci, non pas par les bonnes qualités mais par l’extravagance du comportement.»

Les défauts des hommes hypocrites sont mis à l'index dans la littérature : la convoitise de Tartuffe de Molière qui se fait passer pour un dévot pour arriver à ses fins ou l'ambition à l'ombre de la dévotion d'Onuphre de Jean de la Bruyère, l'opinion politique condamnée de Julien Sorel (son admiration pour Bonaparte) dans "le rouge et le noir" de Stendhal, le libertinage blasphémateur de Dom Juan de Molière, le crime dans "Hamlet" de William Shakespeare.

Comme nous le voyons, l'hypocrisie engendre le mal, mais pour autant l'homme peut-il se passer d'hypocrisie?
Dans le portrait du "Misanthrope", Molière nous démontre qu'être sincère dans tout ce qu'on dit n'est pas vraiment une bonne chose, puisque Alcestre en vient à haïr tout le monde : "Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode qu'affectent la plupart de vos gens à la mode; et je ne hais rien tant que les contorsions de tous ces grands faiseurs de protestations, […] Je refuse d'un coeur la vaste complaisance qui ne fait de mérite aucune différence; je veux qu'on me distingue; et pour le trancher net, l'ami du genre humain n'est point du tout mon fait."

L'hypocrisie est donc un mal nécessaire à la vie sociale, elle permet de vivre en bonne entente avec son voisin, car on peut faire plus de mal que de bien à dévoiler ses pensées profondes.